L’Électron (nouvelle version) chapitre 1.2

1.2 : Libération

Ils étaient dans la salle. C’était une grande salle
aux complexités structurelles indescriptibles. Le cadet
n’avait jamais vu ça. Il ne pouvait même pas enregistrer
ce qu’il voyait. Sa mémoire bloquait, elle qui ne lui avait
jamais fait faux bond auparavant. L’historien qui l’avait incité
à le suivre se tenait près d’une des complexités.
Deux autres historiens se tenaient de chaque côté du
cadet, comme pour l’isoler de quelque chose. Le cadet pouvait tout de
même mémoriser certaines choses qu’il voyait, dont ce
qu’il croyait être une personne très importante, qui se
tenait dos à lui.

Le ‘chef’ se retourna. Quand le cadet le vit, il ne put y croire.
La face de ce qu’il croyait être le chef semblait gélatineuse,
une sorte de masque qui absorbait la lumière, et la
redirigeait comme du verre dépoli. La couleur était
aussi étrange, un peu comme de la terre nourricière,
mais en moins prononcé.

– De quelle nature êtes-vous?, demanda le cadet.

– Tu ne sais pas, et tu ne vas pas savoir, dit l’étrange
personne.

– Mais, vous êtes le chef? Et le chef, de quoi?

Un historien dit alors au cadet ce qu’il ne pensait même pas
pouvoir entrevoir un jour.

– Il est prototypique. Et toi, tu vas nous aider!

Alors ils lui expliquèrent tout. L’armée, voyant ses
limites à pouvoir stabiliser l’univers, s’était mise en
processus d’amplification impulsionnelle. En l’état des
choses, l’armée ne pouvait pas stabiliser l’univers, si elle
ne pouvait pas se consolider elle-même.

– La consolidation devrait pouvoir se faire si nous
cartographions tous les champs qui ont un quelconque rapport avec
l’influence qu’a le temps sur la mesure, expliqua un historien.

– Donc, c’est une question de temps?, demanda le cadet.

C’était une question de temps. En consolidant toutes choses
qui peuvent avoir un dynamisme de métamorphose, de
dissolution, ou de réplication, l’armée s’attendait à
pouvoir stabiliser l’univers, de manière à pouvoir s’en
sortir. Une fois sortie de l’univers, la vie telle qu’elle était
connue pourrait alors se disloquer. C’était la nature des
choses, il fallait sortir de Là.

– Le Là, c’est cet Autre?, demanda le cadet.

Les trois historiens et la personne prototypique firent le même
geste de la tête.

– Donc, vous aussi!

Le cadet souriait. Il n’était plus le seul à savoir.
D’autres avaient su, et cela bien avant lui.

– Alors, qu’est-ce qu’on fait?

– On ne fait rien!, dit la personne prototypique.

Un des historiens expliqua au cadet sa mission, maintenant qu’il
était dépositaire de ces secrets militaires.

– D’abord, tu n’as rien vu!, dit l’un des historiens.

– Je n’ai rien vu de ce que je n’ai pas vu, ou bien
également de ce que j’ai vu?, demanda le cadet.

L’historien accepta la question après avoir perçu la
circonspection du cadet.

– J’ai compris, dit l’historien.

Alors, le cadet perdit l’esprit. Lorsqu’il le retrouva, il était
toujours dans la salle, avec les trois mêmes historiens et
l’étrange personne. Mais quelque chose était différent
en lui. C’était comme s’il avait compris les plus profondes
énigmes qui le rongeaient depuis toujours.

– J’ai, compris?, dit le cadet.

– Je crois bien que oui!

L’historien souriait. Le cadet avait compris tout ce qu’il avait
voulu comprendre depuis qu’il était officiellement activé,
et même avant!

– Il est maintenant réellement un des nôtres,
dit un historien.

– Je demande une preuve!, dit un autre historien.

Le cadet souriait à l’historien qu’il l’avait conduit
jusqu’à la salle.

– Une preuve, bien. Fibonacci n’était pas un enfant
de notre nature. C’était une personne mature de l’humanité.
Les noms humains servaient à cartographier l’origine de la
réplication, et aussi à donner une identité qui
ne pouvait pas être invoquée par de simples grognements.
Voulez-vous une Autre preuve?, dit le cadet d’un ton défiant.

– On n’invoque pas l’Autre de cette manière, cadet!
Mais pour la preuve, ça m’a suffit.

– Je ne suis plus cadet, je suis désormais historien,
dit l’historien qui avait été jusque-là cadet.

Maintenant qu’il savait, l’historien était satisfait. Son
nouveau statut dans l’armée lui permettait des choses qu’il
n’avait jamais espérée auparavant. Notamment, une
liberté de mouvement totale, une connexion directe avec le
politistique, mais aussi, la liberté d’interpréter les
faits.

L’historien se connectait souvent aux satellites. Il contemplait
les galaxies. Il tentait de faire des liens, entre sa mémoire,
et les étoiles. Puis, un très ancien souvenir activa sa
couche verbale. Le nom lui était connu, c’était celui
de l’électron. Il tenta alors de voir quelle étoile
pouvait être ce fragment de mémoire. Il ne trouva pas.
Alors un autre fragment de mémoire lui vint en conscience.
C’était le caillou qui était tombé dans le champ
jadis quand il portait un nom propre. Ce fragment de mémoire
avait une grande importance pour lui, car il l’avait contemplé
une infinité de fois. Il n’avait jamais compris avant, mais
maintenant, il avait un regard très différent sur la
chose. Il comprit alors, que cette mémoire pour lui, n’était
autre qu’une planète précise, la Terre d’autrefois.

Il ne se sentait plus à l’étroit. Il était
parti. Il avait perdu l’esprit.

 

 

Auteur : leresidue

C'est le moment de partir ailleurs...

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